L’EuroMALE, la Dernière Chance des Européens, Ne Se Présente Pas Vraiment Bien
(Source: special to Defense-Aerospace.com; posted Jan. 05, 2022)

(English translation follows below)
Having failed to develop MALE drones of their own, several European countries turned to the United States and bought armed drones like this Reaper operated by France in Mali. Efforts to develop a follow-on EuroMALE do not look very promising. (French AF photo)
PARIS --- Le marché européen des drones MALE, mais aussi celui des drones HALE avec le massif RQ-4 Global Hawk de Northrop Grumman choisi par l’OTAN pour sa mission AGS (Air Ground Surveillance), est toujours totalement dominé les États-Unis.

Une dizaine de pays européens ont acquis des Reaper et se trouvent ainsi dépendants des Américains pour leur usage. C’est toujours le cas de la France qui a découvert différents aspects de la dépendance aux US dans la douleur. Les autres y sont habitués.

Pour l’Europe, la tentative de la dernière chance est en cours. En 2013, Airbus DS, Dassault Aviation et Aermacchi (Leonardo depuis) remettent une proposition industrielle pour le développement d’un drone commun. Cette proposition est acceptée par les États allemand, français et italien, auxquels s’ajoutera l’Espagne.

L’Allemagne est désignée leader du projet avec AIBUS DS comme maître d’œuvre et l’OCCAR comme agence contractante. Position confirmée par le président Macron et la chancelière Merkel lors du fameux Conseil de défense et de sécurité franco-allemand de juillet 2017 qui a aussi lancé le SCAF, le char du futur MGCS et un projet d’avion de patrouille maritime commun.



De ces quatre projets « européens », il est difficile de désigner va le mieux. On dira quand même que celui qui se porte le plus mal concerne l’avion de patrouille maritime, puisque les Allemands ont choisi depuis un avion américain. L’état des dossiers MGCS et SCAF n’est pas brillant.

Mais celui du drone MALE européen, appelé initialement Eurodrone 2025 et appelé Euromale « sans date » aujourd’hui, est plus que préoccupant. L’armée de l’air française voulait un « Reaper européen » c’est à dire un drone monomoteur polyvalent avec des performances équivalentes au Reaper dont la capacité à se transporter facilement.

Au bout du compte, les Allemands vont imposer un drone plus gros, proche de la catégorie HALE, qui aura des performances inférieures à celles du Reaper. Un bimoteur et non pas un monomoteur, pour des raisons de certification qui ont couté la tête d’une ministre de la défense avec l’échec coûteux de l’achat de Global Hawk en 2011.

Les Allemands veulent que ce drone soit certifié en navigabilité (airworthiness) selon les critères d’un aéronef civil. Ceci n’est en rien une obligation réglementaire pour un appareil militaire et alourdit considérablement les spécifications, donc le coût qui sera très supérieur à celui du Reaper.

La souveraineté européenne dans ce domaine pourrait coûter beaucoup d’argent aux armées françaises.

S’agissant du calendrier, exit la date de 2025 prévue au départ. L’Euromale n’entrera pas en service avant 2030. Mais, à ce jour, le contrat n’est toujours pas notifié. La date est repoussée depuis deux ans, faute de consensus sur le coût du programme. Et pourtant, un drone MALE n’est pas un drone de combat complexe. C’est un moto-planeur avec des capteurs et une liaison SATCOM. La partie complexe concerne les commandes de vol qui sont réalisées par Dassault Aviation faute de compétences en la matière chez Airbus. Le problème de l’Euromale, c’est celui des sur-spécifications exigées par l’Allemagne et la compétence du maitre d’œuvre Airbus DS.

L’armement de cet Euromale ne pose plus de problème à la France. L’Allemagne, quant à elle, s’est toujours opposée à l’armement de ses drones MALE Heron TP d’origine israélienne. Il semblerait que nouvelle coalition allemande aurait approuvé, dans sa plateforme commune, la possibilité d’armer ses drones pour la seule mission de protection des soldats allemands. Un dossier intéressant pour la nouvelle ministre de la défense Christine Lambrecht.

Le pragmatisme habituel des Britanniques

Premier client étranger des Predator et Reaper américain, la Royal Air Force a commandé à General Atomics des drones « Protector RG Mk1 Sky Guardian », une amélioration très sensible du Reaper. Leur niveau de sécurité associé à un système automatique « detect and avoid » leur permettra d’évoluer dans tout l’espace aérien britannique et européen, ségrégué ou non ségrégué. Une amélioration essentielle pour un emploi dans un contexte civil (sécurité civile, surveillance des frontières,…) alors que la quasi-totalité des Reaper sont employés par les Européens sur des théâtres d’opérations où les militaires assurent le contrôle de la circulation aérienne, avec une activité civile limitée, très dense et réglementée en Europe.

Avec une voilure élargie et renforcée, le Protector emportera plus de carburant et plus d’armement dont des munitions britanniques. Équipé de la liaison 16, ce sera un véritable drone multi-mission capable de rester en vol 40 heures à 40 000 ft. Une version marine « Sea Guardian » a aussi été développée par GA.

Si le contrat Euromale est notifié un jour, c’est avec le Protector britannique qu’il devra être comparé. Et la comparaison risque d’être douloureuse.

Le retour des conflits de haute intensité marque-t-il la fin des drones MALE?

C’est la question que l’US Air Force se pose avec ses 250 Reaper dont la formation et le renouvellement des opérateurs restent une forte charge. Leurs chances de survie dans un confit de haute intensité auquel l’USAF doit se préparer, sont très réduites. Le débat est ouvert et les décisions ne sont pas encore prises.

Trois pistes existent. D’une part ils conserveront leur pertinence dans les phases qui précèderont et feront suite à la haute intensité. D’autre part, même si les US se sont désengagés d’Afghanistan et d’Irak qui en étaient les principaux consommateurs, beaucoup militent pour la poursuite d’un « contrôle aérien » de ces zones avec des Reaper. Enfin aux US, comme ailleurs, si la question de l’intégration de ces drones dans les espaces aériens non-ségrégués est réglée, ils trouveront toute leur pertinence dans des missions civiles de surveillance au profit des forces de sécurité civile ou de contrôle des frontières. Une mission qui va prendre de l’ampleur eu Europe également.

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L’Europe a raté la révolution des drones MALE, favorisée par la nature des opérations militaires de ces 20 dernières années. Mais une seconde révolution approche, celle des drones de combat qui est la conséquence de deux facteurs nouveaux : le retour de la guerre de haute intensité qui signe la fin de la supériorité aérienne occidentale, et la réalisation des promesses de l’intelligence artificielle qui va donner aux drones l’indispensable autonomie dont ils ont besoin pour s’affranchir des contraintes d’un « pilotage à distance ».

Cette deuxième révolution sera abordée dans un futur article.


Cet article est le deuxième sur le sujet. Cliquez ici pour la première partie.

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EuroMALE, Europe’s Last Chance, Does Not Look Very Promising
(Source: special to Defense-Aerospace.com; posted Jan. 06, 2022)
By Capitaine Fracasse
PARIS --- The European market for MALE drones, but also that for HALE drones with the massive RQ-4 Global Kawk from Northrop Grumman chosen by NATO for its AGS (Air Ground Surveillance) mission, is still totally dominated by the United States. A dozen European countries have acquired Reapers and are thus dependent on the Americans for their use. This is also the case with France, which painfully discovered different aspects of US controls; the others are used to it.

For Europe, a last-ditch attempt is underway. In 2013, Airbus DS, Dassault Aviation and Aermacchi (now Leonardo) submitted an industrial proposal for the development of a common drone. This proposal is accepted by the German, French and Italian states, to which will be added Spain. Germany is named project leader with AIBUS DS as prime contractor and OCCAR as contracting agency. This work-share was confirmed by President Macron and Chancellor Merkel during the famous Franco-German Defense and Security Council of July 2017 which also launched the FCAS, the MGCS future tank and a joint maritime patrol aircraft project.

Of these four "European" projects, it is difficult to select the most advanced. One that is doing very badly, however, is the maritime patrol aircraft, since the Germans chose to instead buy an American plane.

The state of the MGCS and FCAS programs is not much better. But that of the European MALE drone originally called Eurodrone 2025 and now called “Euromale undated," is more than worrying. The French Air Force wanted a "European Reaper," that is to say a versatile single-engine drone with performance equivalent to the Reaper, with the capability to be transported easily.

Ultimately, the Germans imposed a much larger drone, close to the HALE category, which will have lower performance than the Reaper. Twin-engined and not single-engined for certification reasons which cost the head of a Minister of Defense with the costly failure of the purchase of Global Hawk in 2011.

The Germans want this drone to be certified according to the criteria of a civil aircraft. This is by no means a regulatory requirement for a military aircraft and considerably increases requirements, so its cost will be much higher than that of the Reaper. European sovereignty in this area could cost the French military a lot of money.

As for the schedule, the 2025 date initially planned has gone overboard, and Euromale will not enter service until 2030. But, to date, the contract has still not been notified. The date has been postponed for two years, due to a lack of consensus on the cost of the program.

Yet, a MALE drone is not a complex combat drone. It is a motor-glider with sensors and a SATCOM link. The complex part concerns the flight controls which are developed by Dassault Aviation due to lack of expertise in the matter at Airbus. The problem with Euromale is that of the over-specifications demanded by Germany and the capabilities of the German prime contractor, Airbus DS.

Arming this Euromale is no longer a problem for France. Germany, meanwhile, has consistently opposed arming its Israeli-made MALE Heron TP drones. It seems that the new German coalition has approved, in its common platform, the possibility of arming its drones for the sole purpose of protecting German soldiers. An interesting dossier for the new Minister of Defense Christine Lambrecht.

The usual pragmatism of the British

As the first foreign customer of the American Predator and Reaper, the Royal Air Force ordered “Protector RG Mk1 Sky Guardian” drones from GA, a very significant improvement on the Reaper. Their level of safety associated with an automatic "detect and avoid" system will allow them to operate throughout British and European airspace, segregated or non-segregated. This is an essential improvement for employment in a civilian context (civil security, border surveillance, etc.) when almost all Reaper are employed by Europeans in theaters of operations where the military provides air traffic control, with a limited civil activity, very dense and regulated in Europe.

With a bigger and reinforced wing, the Protector will carry more fuel and more weaponry, including British munitions. Equipped with Link 16, it will be a true multi-mission drone capable of staying in flight for 40 hours at 40,000 ft. A “Sea Guardian” marine version has also been developed by GA.

Is the return of high intensity conflicts the end of MALE drones?
This is the question the USAF is asking itself with its 250 Reaper, whose training and renewal of operators remains a heavy burden. Their chances of survival in a high-intensity conflict for which the USAF must prepare are greatly reduced. The debate is open and decisions have not yet been taken.

Three tracks exist. On the one hand, they will retain their relevance in the phases that precede and follow high-intensity combat. On the other hand, even though the US has withdrawn from Afghanistan and Iraq, which were its main consumers, many are pushing for continued "air control" of these areas with Reaper.

Finally, in the US as elsewhere, if the question of the integration of these drones in non-segregated airspace is resolved, they will find all their relevance in civilian surveillance missions for the benefit of civil security forces or border control. A mission that will gain momentum in Europe as well.

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Europe has missed the MALE drone revolution, fostered by the nature of military operations of the past 20 years. But a second revolution is approaching, that of combat drones which is the consequence of two new factors: the return of high intensity warfare which marks the end of Western air superiority, and the fulfillment of the promises of artificial intelligence which will give drones the essential autonomy they need to overcome the constraints of “remote piloting”.

This second revolution will be discussed in a future article.


This is our second article on the subject of MLE drones. Click here for the first article.


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