Les Drones Aériens (3) : Les Remote Carriers ne sont pas des UCAS
(Source: Special to Defense-Aerospace.com; posted Jan. 27, 2022)

By Capitaine Fracasse

EDITOR’S NOTE: This is another of our occasional articles posted in the original language in which they are written, essentially to widen our readership but also to avoid inadvertent misrepresentations due to translation. An English translation follows below.)


PARIS --- Le projet SCAF comprend aussi des drones proches de la catégorie des drones de combat : ce sont les Remote Carriers. Si un UCAS doit être capable d’opérer en autonomie, ce n’est pas le cas d’un RC qui est « piloté » par le New Generation Fighter (NGF). S’ils reposent sur l’IA, la furtivité n’est pas une exigence. Leur niveau de technologie et de performances n’est pas comparable à ceux d’un UCAS, non plus que le coût.

La répartition du travail désigne Dassault Aviation comme responsable du NGF et Airbus Defense & Space responsable des RC. Outre l’autonomie plus grande, comme celle du NGF, la particularité d’un UCAS est sa grande furtivité. D’un point de vue industriel, si Dassault Aviation maîtrise cette technologie grâce au Neuron, Airbus DS ne peut se prévaloir que d’un programme LOUT (Low Observable UAV tested). Il s’agit d’un « démonstrateur » initié dès 2007 qui prend la forme d’une maquette hébergée dans une chambre anéchoïde. Le but de ce démonstrateur n’est pas de voler mais de tester et de mesurer les travaux sur la réduction des signatures.

Le problème du SCAF, c’est que bientôt cinq ans après son lancement, le programme n’a pas beaucoup avancé. Une Joint Concept Study doit identifier la meilleure architecture entre plusieurs types de NGF et plusieurs types de RC.

Pour les RC, les possibilités sont nombreuses, du RC emporté en soute au « loyal wingman », en passant par les RC « consommables ». Dans le cas du « loyal wingman », il s’agit d’un véritable équipier avec un domaine de vol étendu mais qui pourrait être disqualifié par son coût élevé par rapport à son gain opérationnel. Dans le programme SCAF la question du coût est centrale. Il s’agit de concevoir et de produire un système performant dans une enveloppe budgétaire raisonnable. Les Européens ne peuvent pas s’offrir un avion comme le F-22 au prix de 360 millions d’USD l’exemplaire.

Mais, dans tous les cas, s’agissant des RC du projet SCAF, l’option « UCAS furtif » au sens de la coopération précédente avec les Britanniques est écartée pour des raisons opérationnelles, industrielles et budgétaires.

L’ère des avions de chasse est révolue

Elon Musk, le fantasque créateur des géants Tesla et Space X, connaît le sens des mots « ruptures technologiques ». En février 2020, lors d’un symposium de l’USAF, il déclare devant une brochette de généraux et de pilotes : « l’ère des avions de chasse est révolue. Ce n’est pas ça que je veux pour le futur, c’est simplement que le futur sera ainsi… le concurrent devrait être drone piloté à distance par un humain, mais aux capacités augmentées par un système autonome ».

Elon Musk a-t-il raison ? Probablement, mais la question est de savoir à partir de quand les avions pourront-ils se passer d’un pilote à bord : dans 20, 30 ou 50 ans ?

Les États-Unis ont défini le « 3ème offset stratégique » comme celui de l’IA et du « big data ». Ces technologies annoncent l’entrée dans l’ère des robots plus ou moins d’autonomes selon le « curseur éthique » qu’on leur appliquera. La véritable question est celle du calendrier et du coût. A quelle échéance les technologies seront-elles disponibles pour qu’un UCAS ou une famille d’UCAS puisse effectuer avec au moins la même efficacité les missions d’un avion de combat comme le Rafale ou le F-35 ? Et ceci à un coût compétitif ? Cela va prendre du temps.

Le temps des compromis

L’aviation de combat n’est pas passée du Spad VII au Rafale en quelques années. Les technologies doivent mûrir, les concepts se développer. On s’avance donc vers une longue étape de transition dans laquelle on trouvera des avions pilotés et des drones de tous types qui vont cohabiter : des Remote Carriers pour accompagner les avions pilotés selon le concept du combat collaboratif, et des UCAS plus autonomes et puissants. La famille des drones aériens s’annonce nombreuse.

C’est d’ailleurs la question que l’USAF se pose avec le programme très confidentiel « New Generation Air Defence (NGAD) » qui vise à remplacer les F-22. Le NGAD, comme le SCAF, veut associer vecteurs habités et aéronefs pilotés à distance. En outre, l’USAF n’a toujours pas levé le doute sur son programme de bombardier stratégique « super-furtif » B-21 Raider de Northrop Grumman dont la fiche de caractéristiques militaires prévoit qu’il pourrait remplir sa mission en mode « opéré à distance ». Un bombardier stratégique « dronisable ».

Les industriels américains travaillent aussi sur un grand nombre de concepts de RC, comme le projet Skyborg, un concept de « loyal wingman » dont il faut rappeler que pour présenter un intérêt il faut que la balance coût-apport opérationnel soit intéressante. De nombreux programmes de drones de combat sont aussi en développement aux États-Unis dont les plus connus sont les démonstrateurs X-45 de Boeing et X-47 de Northrop Grumman mais aussi le très particulier MQ-25 de Boeing destiné au ravitaillement en vol à partir d’un porte-avions. On doit toutefois noter qu’il n’existe encore aucun drone de ces types au stade opérationnel, pas plus pour les « loyal wingman » que pour les UCAS.

Toutes les grandes puissances sont lancées dans le développement de drones de combat furtifs. C’est aussi le cas de la Russie dont le Soukhoï S-70 Okhotnik-B a effectué son premier vol en août 2019. Sa version opérationnelle serait prévue de voler en tant que « loyal wingman » d’un SU-57. Son design laisse toutefois des doutes sur son niveau de furtivité.

La Chine, que rien ni personne ne peut arrêter, a décidé de rivaliser avec les Occidentaux dans tous les domaines militaires. C’est une question de principe. Lors du dernier défilé militaire de sa fête nationale, on a pu observer la maquette du drone de combat GJ-11, un clone surprenant du Neuron, issu vraisemblablement du drone Lijian dont les premiers vols ont été observés à partir de 2013.

Les Européens ne doivent pas abandonner les UCAS

Les Européens ont raté la révolution des drones MALE. Les Européens, et la France en particulier, ont tous les atouts pour ne pas rater celle des drones de combat. C’est la conséquence des investissements consentis par la France et ses partenaires du programme Neuron mais aussi de la coopération FCAS avortée avec les Britanniques. Les deux pays s’apprêtaient à donne naissance au premier prototype d’un véritable drone de combat opérationnel. L’Europe avait de l’avance. Elle l’a perdue. C’est bien dommage mais il n’est jamais trop tard.

Pour le moment, une autre voie est suivie par la France, avec ses partenaires allemand et espagnol du programme SCAF, et par les Britanniques, avec leurs partenaires suédois et italiens du programme Tempest. Les deux projets privilégient un chasseur piloté agissant de concert avec des drones d’accompagnement dont les caractéristiques font toujours débat.

Les Européens n’ont pas le budget des États-Unis. Ils peuvent difficilement développer simultanément un chasseur de nouvelle génération et un drone de combat furtif ambitieux. Pourtant, le retour de la guerre de haute intensité redistribue les cartes et obligent les Occidentaux à prendre en compte sérieusement le déni d’accès.

Dans ce contexte, et alors que les promesses de l’IA vont se concrétiser, un véritable drone de combat ambitieux, puissant, polyvalent, furtif prend toute sa pertinence. Il pourra opérer de façon autonome ou en coopération avec un chasseur qui, lui, ne disposerait pas de l’atout de la furtivité. Dans le cadre de la coopération franco-britannique, c’était l’objectif envisagé à l’horizon 2030 pour le Rafale français, mais aussi pour le Typhoon britannique.

Pour les drones de combat, la compétition est bien lancée. Mais un autre type d’aviation militaire va marquer les prochaines années : les avions spatiaux, pilotés ou non, qui vont exploiter le continuum entre l’espace atmosphérique et exo-atmosphérique.

Partie prenante de la « 2ème conquête spatiale », cet aspect sera traité dans une dernière partie.

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Unmanned Aircraft (3): Remote Carriers are not UCAS
(Source: Special to Defense-Aerospace.com; posted Jan. 27, 2022)
By Capitaine Fracasse

PARIS --- The French-German SCAF future fighter project includes unmanned aircraft which closely resemble, but are not, combat drones: the Remote Carriers (RC). Whereas UCAS must be able to operate autonomously, this is not the case for RCs, which are controlled by the New Generation Fighter (NGF) they accompany. While RCs rely on Artificial Intelligence, stealth is not a requirement. Their level of technology and performance is not comparable to that of a UCAS, but neither is their cost.

The division of work has given Dassault Aviation responsibility for the NGF and Airbus Defense & Space for the RCs. In addition to the greater autonomy, similar to that of the NGF, the particularity of a UCAS is its great stealth. From an industrial point of view, if Dassault Aviation masters this technology thanks to the Neuron, Airbus DS can only claim a LOUT program (Low Observable UAV Tested). This is a non-flying demonstrator initiated in 2007 which consists of a scale model housed in an anechoic chamber. The purpose of this demonstrator is not to fly but to test and measure the work on signature reduction.

The problem with SCAF is that, almost five years after its launch, the program has not made much progress. A Joint Concept Study has been launched to identify the best architecture between several types of NGF and several types of RC.

For RCs, there are many possibilities, from RCs carried in the NGF’s weapons bay to “loyal wingman” or even disposable RCs. While the "loyal wingman" is a real team player, with an extended flight envelope, it could be disqualified by its high cost compared to the operational advantage it allows. In the SCAF program, the issue of cost is central. It is a question of designing and producing an efficient system within a reasonable budget envelope. Europeans cannot afford an aircraft like the F-22 at a price of 360 million USD per copy.

But, one thing is clear: with regard to the RCs of the SCAF project, the "stealth UCAS" option, similar to the previous French-British cooperation, has been ruled out for operational, industrial and budgetary reasons.

The era of fighter jets is over

Elon Musk, the whimsical creator of the technology giants Tesla and Space X, knows the meaning of "technological breakthroughs". In February 2020, during a US Air Force symposium, he declared in front of a bunch of generals and pilots: “the era of fighter planes is over. That's not what I want for the future, it's just that the future will be like .. the competitor should be a drone piloted remotely by a human, but with capacities increased by an autonomous system".

Is Elon Musk right? Probably, but the question is when planes ill be able to do without a pilot on board: is it in 20, 30 or 50 years?

The United States has defined the “3rd strategic offset” as that of AI and “big data”. These technologies announce the entry into the era of more or less autonomous robots depending on where their “ethical cursor” will be set. The real criteria is one of timing and cost. When will the technologies be available so that a UCAS, or a family of UCAS, can carry out the mission of a combat aircraft such as the Rafale or the F-35 with at least the same efficiency? And at a competitive cost? All that will take time to mature.

A time for compromise

Combat aviation did not go from the Spad VII biplane to the Rafale in a few years. Technologies must mature, concepts need to be developed. We are therefore moving towards a long transition phase in which manned aircraft will coexist with drones of all shapes and sizes, from Remote Carriers that will accompany manned aircraft, according to the concept of collaborative combat, to more autonomous and powerful UCAVs. The family of aerial drones will be quite a large one.

This is also the question that the US Air Force is asking itself with the very confidential program “New Generation Air Defense (NGAD)” which aims to replace the F-22. The NGAD, like the SCAF, wants to combine manned and remotely piloted aircraft. In addition, the USAF has still not removed any doubts about its B-21 Raider "super-stealth" strategic bomber being developed by Northrop Grumman. Interestingly, its specifications require that it be able to fulfill its mission in remotely-operated mode – in other words, an optionally-unmanned bomber.

American industry is also working on a large number of RC concepts, such as the Skyborg project, a “loyal wingman” concept, which, it should be remembered, must show an attractive cost-capability ratio to be worth developing.

Several combat drone programs are also under development in the United States, the best known of which are the Boeing X-45 and Northrop Grumman X-47 demonstrators, as well as the carrier-based Boeing MQ-25, intended for in-flight refueling of naval fighters. It should be noted, however, that none of these drones have reached the operational stage.

All major powers are engaged in the development of stealth combat drones. This is also the case for Russia, whose Sukhoi S-70 Okhotnik-B made its first flight in August 2019. Its operational version is expected to fly as the “loyal wingman” of an SU-57, even though its design raises some doubts about its level of stealth.

China, which nothing and no one can stop, has decided to compete with the West in all military fields. It's a matter of principle. During the last military parade of its national day, it exhibited a model of the GJ-11 combat drone, a Neuron look-alike, probably derived from the Lijian drone whose first flights were observed from 2013.

Europe must not abandon UCAS

As we reported in an earlier instalment, Europe missed the MALE drone revolution. Europe, and France in particular, has all the assets it needs to avoid missing that of combat drones, thanks to the investments made by France and its partners in the Neuron program and the aborted FCAS cooperation with the British. These two countries were preparing to give birth to the first prototype of a real, operational combat drone.

Europe was ahead. She lost it. It's a shame but it's never too late.

For the time being, France, with its German and Spanish partners in the SCAF program, and the British, with their Swedish and Italian partners in the Tempest program, are following another path.

Both projects favor a piloted fighter acting in concert with accompanying drones, the characteristics of which are still debated.

Europeans do not have the same budget as the United States. They can hardly develop simultaneously a next-gen fighter and an ambitious stealth combat drone. Yet, the return of high-intensity warfare is reshuffling the cards, and forcing the Western powers to seriously reconsider access denial.

In this context, and until the promises of artificial intelligence materialize, a real ambitious, powerful, versatile, stealthy combat drone takes on its full relevance. It could operate autonomously or alongside a manned fighter which is not inherently stealthy. In the context of Anglo-French cooperation, this was the objective set for 2030 for the French Rafale and Britain’s Typhoon.

For combat drones, the competition is now well underway. But another type of military aviation will also mark the next few years: space planes, whether piloted or not, which will exploit the continuum between atmospheric and exo-atmospheric space.

Part of the “2nd space conquest”, this aspect will be dealt with in a final section.

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