Airpower: How Did Europe Miss the MALE Drone Revolution?
(Source: Special to Defense-Aerospace.com; posted Jan. 03, 2022)

By Capitaine Fracasse
France, Germany and the UK all took different approaches to gaining UAV capabilities, with the result that, almost two decades on, all three operate or have ordered US-made MALE drones while their joint EuroMALE project stumbles along unresolved to this day. (FR MoD photo)
PARIS --- Western Europe, and France in particular, has completely missed out on the drone revolution, to some degree because military staffs were reluctant to put money and effort into a new asset they neither understood nor particularly appreciated.

Furthermore, the first drones to enter service were slow, cumbersome and provided intelligence of inconsistent quality and timeliness, so what resources were available for battlefield ISR were put into other areas.

This situation changed when small drones became true aircraft, albeit remotely-piloted ones, and when they gained the ability to designate targets and to engage them with their own weapons.

But differing rules of engagement, conflicting industrial policies and lack of coordination between allies led to diverging military requirements which eventually led to the failure of European initiatives, which all suffered from a decided lack of interest from all stakeholders, who remained blind to the hugely successful UAV operations of the United States all over the Middle East and South-West Asia.

Finally, to the traditional military mindset, there is something vaguely distasteful about attacking an enemy using robotized and remote-controlled weapons, while for a good part of public opinion – and thus of politicians – killing people at a distance, as in a video game, was abhorrant.

This article, the first of two, looks at how, and why, Europe missed the MALE drone revolution. It is first posted in French, followed by an English translation.

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Puissance Aérospatiale: Comment l’Europe A-t-Elle Raté la Révolution des Drones MALE?

Il n’existe pas de classification officielle des drones aériens ni de définition universelle relatives à leurs missions ou à leurs catégories. Le monde des drones MALE (Medium Altitude Long Range) s’est construit de façon empirique sous la double impulsion de la technologie et d’abord du besoin opérationnel concernant le renseignement (ISR). Dans les années 1970, les premiers drones de renseignement étaient tactiques et mis en œuvre par des unités des armées de terre, tirés par catapulte et récupérés par parachute.

Ils sont devenus des aéronefs lorsqu’on leur a mis des ailes et qu’on a pu les piloter à distance grâce à la fiabilisation des liaisons de données radio. Vu leurs performances aériennes proches de celles d’un aéronef piloté, les armées de l’air occidentales en ont pris le contrôle. La révolution des drones MALE pouvait commencer.

Le drone MALE: une arme pour les guerres asymétriques

C’est la rencontre d’un besoin opérationnel particulier avec un type de guerre particulier qui est à l’origine de la prolifération des drones MALE, des RPAS (Remotely Piloted Air System), dont les performances vont s’améliorer considérablement au fil du temps. Des systèmes d’armes pilotés à distance par des opérateurs, comme on pilote un avion, avec un manche et une manette des gaz. Ils sont équipés de capteurs eux aussi pilotés à distance. Ces capteurs sont de plus en plus perfectionnés et permettent de voir jour et nuit avec des moyens optiques, IR et radar (ISTAR), de guider des bombes tirées par d’autres aéronefs ou de délivrer leur propre armement.

Après la guerre de haute intensité du Golfe de 1991, les armées occidentales ont été engagées pendant 30 ans dans des guerres hybrides, des opérations asymétriques ou de basse intensité (Balkans, Afghanistan, Libye, Somalie, BSS) qui ont toutes la même caractéristique: la supériorité aérienne est acquise. Ce n’est qu’à partir de 2014, au Levant, que la présence de forces russes, alliées de Bachar el Assad, obligent les forces de la coalition américaine à renouer avec la menace d’une aviation de chasse adverse et de systèmes sol-air performants de type S300 et S400. Les drones MALE deviennent vulnérables et doivent être engagés avec parcimonie.

La domination sans partage de l’Amérique

C’est à partir de 1995, que les premiers drones MQ-1 Predator, de la firme américaine General Atomics, seront engagés par l’USAF dans les Balkans pour des missions ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance). Leur atout principal: la persistance, capacité à rester en vol pendant très longtemps et un coût d’exploitation réduit. Des moto-planeurs robustes, efficaces et bon marché qui n’exposent pas la vie des pilotes. 20 ans plus tard, General Atomics en a vendu des centaines à travers le monde et domine le marché européen. Selon le SIPRI, son chiffre d’affaires se montait à 2,8 milliards d’USD en 2018.

Ce n’est qu’à partir de 2001 que le Predator va recevoir de l’armement. Il devient l’arme de prédilection de la CIA qui va l’utiliser pour traquer Ben Laden et les ennemis de l’Amérique dans les zones tribales de l’Afghanistan mais aussi au Pakistan: l’origine de sa mauvaise réputation dans les cercles vertueux français. Ils seront utilisés par l’USAF dans tous les théâtres dans lesquels elle est engagée. 268 Predator seront livrés à l’USAF, le dernier sera retiré du service en 2018. Très peu ont été perdus en opérations.

Séduite par le Predator, dès le début des années 2000, l’USAF demande un drone plus puissant. GA conçoit alors le MQ-9 Reaper, un drone redoutable, plus endurant, plus rapide, mieux équipé (SATCOM qui permet de s’affranchir de la LOS), capable d‘emporter une panoplie d’armement considérable et toujours bon marché à l’heure de vol comparé à un aéronef traditionnel. L’USAF va acquérir à nouveau plus de 250 Reaper dans différents standards. Sur tous les théâtres permissifs, les commandants d’opérations vont devenir « accro » aux Reaper. Invulnérables, opérant à haute altitude, ils sont leurs yeux et leur bras armés permanents avec aucun risque de perte d’équipages.

La « faucheuse » est la terreur de l’ennemi incapable de s’en protéger. L’engouement est tel qu’en 2011, l’USAF formera plus d’opérateurs de Reaper que de pilotes sur tous autres types d’appareils. Au début des années 2010, la révolution Reaper bat son plein et les clients étrangers sont obligés de faire la queue pour en obtenir quelques exemplaires. C’est le cas de nombreux pays européens. Ce sera aussi le cas de la France qui n’a pas pour habitude de « s’équiper américain ».

L’Europe passe totalement à côté de la révolution des drones MALE

En Europe, depuis le début des années 2000, le dossier drone MALE n’avance pas. Pour de multiples raisons dont la principale est industrielle.

Alors que l’Europe de la défense est un sujet à la mode au début des années 2000, le monde européen est divisé en deux: les drones MALE de surveillance devront être développés par Airbus (qui s’appelle alors EADS) et les drones de combat (UCAS) par Dassault Aviation. A la différence d’un drone MALE, un drone de combat (UCAS) est un véritable avion de combat sans pilote. Non pas opéré par un opérateur au sol mais programmé pour son vol. Pour Dassault Aviation, maître d’œuvre du démonstrateur de drone de combat Neuron conçu en coopération européenne, ce sera un formidable succès.

Pour EADS/Airbus, la conception d’un drone MALE est tout sauf un long fleuve tranquille. 25 ans plus tard, il n’existe toujours aucun drone MALE européen opérationnel à ce jour.

Alors qu’au départ beaucoup, dont les Britanniques, se sont tournés vers le Predator américain, la France choisit en 1995 le drone Hunter de base israélienne IAI, utilisé par l’US Army comme « drone tactique », dont les performances sont extrêmement modestes. Elle va s’en débarrasser très rapidement.

La France s’équipe américain

En juin 2008, l’armée de l’air reçoit enfin un drone MALE « semi-européen » Harfang produit par un partenariat entre l’israélien IAI et EADS Cassidian (devenu AIRBUS Defense & Space). Un drone non armé aux performances très inférieures à celles du Predator au moment même où le successeur du Predator, le Reaper, fait son entrée en service dans de nombreuses armées de l’air. Mais rien n’est trop beau quand c’est « européen ».

Pour la France, le Harfang doit être une solution intérimaire en attendant mieux. Elle le nomme « SIDM » pour Système Intérimaire de Drone MALE. Du provisoire « européen » dont on attend toujours la suite. En 2010, le Harfang est engagé en Afghanistan. En 2011, il est engagé en Libye dans des conditions très compliquées vu la modestie de ses performances. Il est très cher à l’heure de vol et très limité en performances, mais EADS/Airbus n’a toujours rien à proposer de sérieux.

Dassault Aviation se lance dans la bataille pour éviter un achat américain « sur étagère ». C’est le projet IAI-Dassault Aviation de « francisation » du drone HERON TP israélien. Il est écarté pour préserver les chances d’Airbus. L’armée de l’air est pressée et ne veut plus attendre. La France décide en 2013 d’acheter des Reaper américains. Face aux échecs successifs d’Airbus, la France, comme tous les autres, finira par céder à la préférence américaine.

Le psychodrame de l’armement des drones Reaper en France

Les autorités politiques françaises de l’époque refusent que les Reaper de l’armée de l’air soient armés pour des raisons idéologiques, comme le souligne Louis Gauthier (ancien Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale) dans un entretien au Monde daté du 25 juin 2021: « La France marque dans ce domaine un retard comparable à celui constaté dans les années 1990 pour les missiles de croisière. Américains et Britanniques, au début de la guerre du Kosovo (1998-1999), ont tiré des missiles de croisière. La France en était incapable. Pour des raisons idéologiques, et par conservatisme au sein des armées, il a fallu attendre 2017 pour que la France se dote de drones offensifs. En Syrie ou au Mali, ces dernières années, le renseignement militaire français en était réduit à désigner des cibles aux drones américains et britanniques. Dans la lutte de notre pays contre le terrorisme, pour les contempteurs de cette arme, que de contorsions morales et d’hypocrisie ! ».

Tout est dit. La France n’a pas hésité à mettre ses troupes au sol en danger alors que les drones MALE sont des avions totalement pilotés, mais à distance. Un Reaper n’est pas un robot. C’est un aéronef dont l’opérateur déclenche le tir à distance et qui fait des dégâts « à distance » comme un avion de combat piloté avec une bombe laser ou un missile de croisière. Et ce, d’autant plus que l’armée de l’air est une des rares qui a fait le choix de déployer ses opérateurs sur les théâtres d’opérations alors que, comme le pratiquent Américains et Britanniques, elle pourrait les opérer à partir de la France.


(to be continued)

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Airpower: How Did Europe Miss the MALE Drone Revolution?
(Source: Special to Defense-Aerospace.com; posted Jan. 03, 2022)
By Capitaine Fracasse
There is no official classification of aerial drones nor a universal definition of their missions or categories. The world of MALE (Medium Altitude Long Range) drones was built empirically under the double impulse of technology and, first of all, the operational need for intelligence (ISR). In the 1970s, the first intelligence drones were tactical and operated by army units, fired by catapult and recovered by parachute.

They became aircraft when we put wings on them and were able to fly them remotely thanks to the reliability of the radio data links. With their aerial performance close to that of a manned aircraft, Western air forces have taken control. The MALE drone revolution could begin.

The MALE drone: a weapon for asymmetric wars

It is the meeting of a particular operational need with a particular type of war which is at the origin of the proliferation of MALE drones, also known as Remotely Piloted Air System (RPAS), whose performance will improve considerably over time. time. Weapons systems controlled remotely by operators, like flying an airplane, with a stick and a throttle. They are equipped with sensors that are also remotely controlled. These sensors are more and more sophisticated and allow to see day and night with optical devices, IR and radar (ISTAR), to guide bombs fired by other aircraft or to deliver their own weaponry.

After the high-intensity Gulf War of 1991, Western armies were engaged for 30 years in hybrid wars, asymmetric or low intensity operations (Balkans, Afghanistan, Libya, Somalia, BSS) which all have the same characteristic: air superiority is acquired. It was not until 2014, in the Levant, that the presence of Russian forces, allies of Bashar al-Assad, forced the American coalition forces to return to the threat of an opposing fighter jet and ground-based air-defense systems like the Type S300 and S400. MALE drones become vulnerable and should be engaged sparingly.

America's Unchallenged Dominance

It was from 1995 that the first MQ-1 Predator drones, from the US firm General Atomics, were engaged by the US Air Force in the Balkans for ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance) missions. Their main asset: persistence, the ability to stay in flight for a very long time and a reduced operating cost. Robust, efficient and inexpensive motor-gliders that don’t put a rider’s life on the line. Twenty years later, General Atomics has sold hundreds of them around the world and dominates the European market. According to SIPRI, its turnover was US $ 2.8 billion in 2018.

It was not until 2001 that the Predator received weapons. It became the weapon of choice of the CIA which used it to track down Bin Laden and the enemies of America in the tribal areas of Afghanistan but also in Pakistan: the origin of its bad reputation in virtuous French circles. They will be used by the USAF in all theaters in which it is engaged. 268 Predators will be delivered to the USAF, the last to be retired in 2018. Very few were lost in operations.

Seduced by the Predator, from the early 2000s, the USAF demanded a more powerful drone. GA then designed the MQ-9 Reaper, a formidable drone, more enduring, faster, better equipped (SATCOM which made it possible to do away with the LOS), capable of carrying a considerable array of weaponry and always inexpensive. hour of flight compared to a traditional aircraft. The USAF once again acquired more than 250 Reaper in different standards. In all permissive theaters, operations commanders will become "addicted" to the Reaper. Invulnerable, operating at high altitudes, they are their permanent eyes and guns with no risk of loss of crew.

The "grim reaper" is the terror of the enemy, unable to protect themselves from it. The enthusiasm is such that in 2011, the USAF will train more Reaper operators than pilots on all other types of aircraft combined. In the early 2010s, the Reaper revolution was in full swing and overseas customers were forced to queue for a few copies. This is the case with many European countries. This will also be the case for France, which is not used to "going American” to equip its forces.

Europe is totally missing out on the MALE drone revolution

In Europe, since the early 2000s, the MALE drone file has not moved forward. For many reasons, the main one being industrial.

While Defense Europe was a buzzword at the start of the 2000s, the European world was divided in two: MALE surveillance drones would have to be developed by Airbus (which was then called EADS) and combat (UCAS) by Dassault Aviation. Unlike a MALE drone, a combat drone (UCAS) is a true unmanned combat aircraft. Not operated by a ground operator but programmed for each sortie.

For Dassault Aviation, prime contractor for the Neuron combat drone demonstrator designed in European cooperation, this will be a tremendous success. For EADS / Airbus, designing a MALE drone is anything but a long and quiet river, as 25 years later, there is still no operational European MALE drone.

While at the start many, including the British, turned to the American Predator, in 1995 France chose the Israeli-based IAI Hunter drone, used by the US Army as a "tactical drone", the performance of which is extremely modest. She will get rid of it very quickly.

France teams up with the US

In June 2008, the French Air Force finally received a "semi-European" Harfang MALE drone produced by a partnership between the Israeli IAI and EADS Cassidian (now AIRBUS Defense & Space). An unarmed drone performing significantly below that of the Predator just as the Predator's successor, the Reaper, entered service with many air forces. But nothing is too good when it is "European". For France, the Harfang must be an interim solution while waiting for something better, and so it was designated “SIDM,” for MALE Interim Drone System. Provisional "European" which we are still waiting for.

In 2010, the Harfang was engaged in Afghanistan. In 2011, it was hired in Libya under very complicated conditions given the modesty of his performance. It is very expensive per hour of flight and very limited in performance; but EADS / Airbus still has nothing serious to offer.

Dassault Aviation is launching into the battle to avoid an “off-the-shelf” American purchase. This is the IAI-Dassault Aviation project for the "francization" of the Israeli HERON TP drone. It was ruled out to preserve the chances of Airbus.

But the French Air Force is in a hurry and won't wait any longer. France decided in 2013 to buy American Reaper. Faced with the successive failures of Airbus, France, like all the others, will eventually give in to American preference.

The psychodrama of the weaponry of Reaper drones in France

The French political authorities at the time refused to allow the Reaper of the Air Force to be armed for ideological reasons, as Louis Gauthier, former secretary-general of defense, underlined in an interview with Le Monde dated June 25, 2021: “France has suffered in this field a delay comparable to that observed in the 1990s for cruise missiles: The Americans and the British, at the start of the Kosovo war (1998-1999), fired cruise missiles, but France had none. For ideological reasons, and by conservatism within the services, it was not until 2017 that France acquired offensive drones. In Syria or Mali, in recent years, French military intelligence has been reduced to designating targets for American and British drones. In our country’s fight against terrorism, for the detractors of this weapon, what moral contortions and hypocrisy!"

That says it all. France has not hesitated to put its ground troops in danger while the operators of MALE drones work remotely, at a distance. A Reaper is not a robot; it is an aircraft whose operator fires weapons remotely, but does the same damage as a manned fighter jet with a laser bomb or cruise missile. And all the more so that the French Air Force is one of the few which has opted to deploy its operators in-theater when, like the Americans and the British, it could operate them from France.


(to be continued)

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